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La preuve de sang,

preuve de sangde Thomas H. Cook est le second roman de l'auteur que je chronique. J'aime creuser un peu, au risque de m'embourber ou d'insister lourdement lorsque j'aime ce que je découvre. Et bien, or donc, Cook est un chef. Hi, hi.

 

Son héros, Kinley est au serial killer ce que Bellemard est au télé-achat, un maître. Personnage singulier que ce Kinley. Obsessionnel, solitaire à l'extrème, il poursuit de sa pathologique curiosité ces monstres dont les légendes urbaines sont faites. Si dieu est dans les détails, le diable aussi. Tout entier voué à la résolution d'on ne sait quel morbide mystère, notre écrivain se voue corps et âme à la tâche. Orphelin de père et de mère, lorsque sa grand-mère décède et que l'on enterre son unique ami, Kinley retourne dans la ville de son enfance pour un ultime au-revoir. Mais il ne peut résister au mystère. Une vieille affaire de meurtre des années cinquante lui tend les bras, quelques dossiers, deux ou trois indices...

 

 La curiosité est un bien vilain défaut, mais l'ignorance est une maladie qui se soigne. Kinley est prêt à payer le prix qu'il faudra pour se faire. L'écriture est précise, sèche et le personnage de Kinley assez intriguant. Au prise avec ce besoin pathologique de savoir et cet étrange penchant pour le macabre, l'écrivain nous entraîne vers le dénouement grâce aux étranges circonvolutions de son raisonnement et la solitude implacable de son existence.

 

 L'ambiance vieux sud rural et les minutes du procès donnent de plus au livre une dynamique agréable. C'est pas à pas que l'on suit Kinley dans son investigation, puis vers la résolution de ce meurtre autour duquel tourne tout gravite.

 

Car :

 

<Les motivations les plus profondes de tous les individus sont aussi celles qui ont trait au meurtre. Elles sont enfouies sous ces contingences de l'existence, là où les pulsions les plus archaïques règnent toujours. Par essence, le meurtre est l'affirmation répétée selon laquelle l'autre est un obstacle qu'il est permis de supprimer. Ce qui suit est la revendication la plus extrème et présomptueuse qu'une vie puisse infliger à l'intégrité d'une autre.

  

A une époque où la mort frappe à grande échelle, le mystère demeure le dernier bastion de l'individualisme romantique. Il met l'accent sur le fait qu'une vie, prise de manière illégitime, compte encore tellement dans l'univers de l'homme que le fait de ne pas arriver à découvrir comment et par qui cette vie a été ôtée contient tout ce que nous pouvons connître encore de la terreur romantique.

 

Dixit Kinley.

La quête de la vérité prend parfois des accents philosophiques et donnera à notre héros l'opportunité peut-être, de répondre à certaines questions qui le hantent.

 

Un bémol cependant, anecdotique sans doute, mais le final est abrupt, et finalement un peu brouillon. Cook prend le temps de nous dresser un beau portrait d'oiseau de nuit. Il plante le décor avec soin, et nous embarque très loin, pour ensuite tirer en deux pages toute la couverture à lui. L'argent ou le temps auront manqué. C'est dommage. Je m'en suis bien sûr remis, et vous incite à faire de même car Cook cuisine vraiment bien.

Et pour finir, malgré mon peu d'enthousiasme pour les citations, j'avais envie de vous faire partager ces quelques vers qui normalement ouvrent le roman:

 

La main qui agite la surface de la mare

Remue la vase; elle fait se lever le vent

Battre la voile de mon linceul.

Et je suis impuissant à dire à l'homme qui se

balance à une corde,

Combien de mon argile est pétri le bourreau.

                                                   Dylan Thomas.

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