Un amateur donne son avis en ligne sur ce qui le passionne!
Lansdale, Hap et Leonard sont de retour! Avec plein de bang, whiz, et boum. Un vrai comic-strip, mais pas pour les fillettes... Nos deux gaillards sont toujours vaillants et fidèles à eux-mêmes, entre deux boulots merdiques. Ils ont été tour à tour vigiles et planteurs de roses. On les a vus, gardiens de nuit ou manoeuvres, bosser dans une usine de poulets, pour un fabricant de chaises et toujours tirer le diable par la queue afin de garder trois billets dans une poche. Mais leur spécialité, pour le plus grand plaisir des fans, reste le bottage de cul, la tatane retournée, le coup de boule rotatif et tous ces menuets folkoriques du Sud profond que même Chuck Norris leur envie. Cette célèbre hospitalité sudiste quoi...
C'est un duo qui frappe, l'esprit et le reste. Le blanc démocrate et hétéro, le black teigneux, républicain et gay. Des experts de la vanne grossière, de l'insulte imagée et du plan élaboré, genre on rentre et on cogne, on cogne encore, on cogne toujours, puis on les flingue. Enfin on les charrie un peu. Si survivant il y a. De fins stratèges, Napoléon en est encore tout retourné.
Il y a peu de chance de faire passer ça pour du Stendhal ou du Zola. On ne peut raisonablement pas l'offrir à une charmante vieille tante entre deux tisanes et lui faire croire que c'est du Danielle Steel. Dans une bibliothèque à haute teneur intellectuelle, la Rhétorique d'Aristote se sentirait toute gênée entre deux Lansdale...
Mais enfin, je ne bois pas de verveine et ne lis pas Proust, alors...
Dans l'East Texas, terre de gens agressifs et de reptiles mesquins (dont les ''mocassins d'eau'', ces serpents reviennent dans quasi tous les Lansdale), Hap s'est dégotté un job de merde sur un chantier quelconque. Il est payé des clopinettes et file le parfait amour avec Brett sa rouquine incendiaire... c'est d'ailleurs peu de le dire car elle a effectivement incendié son ex-mari avant d'éteindre les flammes à grands coups de pelle. Mais Leonard, en manque de biscuits à la vanille, ce sont ses préférés, débarque avec Marvin pour lui demander un coup de pince. Une des petites filles dudit Marvin est dans une position délicate. Elle deale de la came dans une caravane et frôle le trottoir. La proposition est simple, distribuer des beignes et ramener la gamine.
Les choses vont bien sûr se corser, fusillades, courses-poursuites, lancer de chien, canotage intempestif, F.B.I, tueurs à gage, mafia et tutti quanti! Il est à noter que les autochtones ont un patois plus que fleuri et qu'il risque de heurter la sensibilité des plus jeunes. Entre deux "raclures de couilles", "lopettes" ou "enculeurs de chiens", (j'en passe certains sous silence pour ne pas gâcher la surprise), nos petits gars du Sud ont le verbe imagé pour faire dans l'euphémisme. Ils ont vieilli mais gardent punch et tonus comme de vieux cogneurs aguerris. Nos lascars sont encore bons pour le service.
Lorsque leur chemin croisera celui de Vanilla, comme qui dirait, intermittant du spectacle plus que spécialisé dans le tomber de rideau, on lorgnera du côté d'O.K. Corral pour quelques règlements de comptes. Le Sud et plus particulièrement l'East Texas ne sentent pas le magnolia. Ils suintent la bière et la crasse, le cuir et la poudre. C'est trash, c'est gras, ça envoie du lourd.
Plus sérieusement, enfin si je peux dire, derrière ses rodomontades, ses gros mots, ou son humour au style assez proche du coussin péteur pour ce qui est de la finesse, Lansdale ne fait pas que le guignol. La mélancolie pointe son nez régulièrement. Notre duo de comiques favori, avec ses galères de thune et son avenir incertain, sent passer les années et les embrouilles. Leur amitié, aussi improbable soit-elle, est peut-être la seule chose en laquelle ils croient encore, et malgré les vannes d'ado et les road-movies déjantés, on sent çà et là, un certain désespoir, voire un désespoir certain. De l'humour de condamné à l'approche du dernier acte. Lire Lansdale, c'est comme bouffer un gros steak lorsque les artères bouchonnent et dire, merde je fumerais bien une clope après. Une bonne grosse pirouette pleine de bruit et de fureur, dite par un idiot... Mais vous connaissez la suite.
Connelly, s'il n'a pas pondu un bouquin terrible la dernière fois qu'il s'y est mis, nous met ici une dédicace efficace: " Lansdale est un maître et Vanilla Ride le prouve une fois de plus. Chaque page de ce livre déborde d'humour, de caractère et, par dessus tout, d'une intrigue qui déménage vraiment. Du début à la fin, le sourire du lecteur ravi n'a pas quitté mon visage".
Voilà, il n'est de bonne compagnie qui ne se quitte. J'espère seulement avoir donné envie de découvrir cet auteur à ceux qui ne le connaissent pas encore.
Comme avant toute publication, je viens de passer le test de la relecture. La régie me fait signe que c'est un peu long pour une critique. Sans doute, mais quand on aime on ne compte pas...