Un amateur donne son avis en ligne sur ce qui le passionne!
C'est signé Philip Kerr qui se remet à la Trilogie berlinoise. Du coup, on peut sans doute parler de quatuor...
C'est évidemment Bernie Gunther qui remet le couvert. Le privé revenu de tout. La montée puis l'apogée du nazisme. Le front russe, les camps, la chute du Reich, la dénazification et son ballet d'espions. Tout un programme quoi.
J'avais lu L'Eté de cristal, La Pâle figure, puis Un Requiem allemand. Je me suis quand même offert l'intégrale pour un noël quelconque. Pourtant, j'ai hésité longtemps devant ce dernier Kerr. Je songeais : bluff, oisiveté, coup publicitaire... Et puis la curiosité a pris le dessus malgré tout.
Je l'avoue, Gunther : c'est un privé comme je les aime. Cynique car lucide, dur car éprouvé, obstiné et débrouillard mais parfois démuni face à la noirceur du monde. Il est romantique, il est dur au mal, il est le témoin lucide de l'horreur et de la vicissitude. Il est cabossé mais toujours vaillant. Il louvoie entre les allégeances et les balles de Mauser. Qui plus est, les archives regorgent de faits que Kerr place entre trois intrigues et deux génocides, et ça en jette.
Nous sommes désormais en 1949, Bernie est passé sous tous les radars. Il végète dans un hôtel désert avec vue sur Dachau, et surprise, les touristes sont rares. Sa femme agonise dans un hospice quelconque. La vie est belle. Pour se refaire une santé, il décide de se remettre sur le marché des privés. Filatures en tous genres et avis de recherche étant monnaie courante, il espère se remettre en fonds et s'occuper l'esprit. Frau Warzok veut s'assurer du décès de son mari avant de se remarier dans les règles de l'art catholique. Et que ses formes soient beaucoup plus aérodynamiques que celles du fût de la Grosse Bertha ne gêne en rien notre fin limier. Herr Warzok est un criminel de guerre en fuite et aux dernières nouvelles, l'Argentine lui tendait les bras. Entre nazis en cavale et juifs chasseurs de scalps allemands, notre Bernie a fort à faire. Tant et si bien qu'après un passage à tabac carabiné, il se voit contraint à un repos forcé dans un chalet isolé chez un très sympathique médecin. Et le piège se referme bientôt...
La suite n'est pas dans le prochain épisode mais dans le bouquin. C'est bien sûr cynique et l'histoire n'est pas tendre. Ca, c'est un euphémisme. C'est aussi bourré de métaphores et de comparaisons fleuries. Kerr donne à ces figures de style ses lettres de noblesse. Il en met à toutes les sauces et à tous les étages . Il compare et métaphore plus et mieux qu'un homme politique ne ment, qu'un lapin sous Viagra ne copule, ou qu'un russe ne boit de vodkas lorsque l'hiver et la crise l'encerclent. Il est à la comparaison ce que Stakhanov fut à la métallurgie ou Barbelivien à la médiocrité chantée. Un maître. Que dis-je, une icône.
Je m'emballe bien sûr, mais il y a de la vérité dans chaque légende, alors...
C'est pour moi un bon Bernie que nous avons là. Et pas seulement un jet de promo. Je m'étais attaché à ce personnage, je suis heureux de le retrouver tel qu'il était, malgré les coups, les bosses et les années. Ceux qui ont aimé la Trilogie devraient donc s'y retrouver. Pour les autres, une seule solution, acheter les trois autres.