Un amateur donne son avis en ligne sur ce qui le passionne!
est ma dernière aquisition. C'est signé Beinhart. J'avais apprécié Le Bibliothécaire. Mais remettons les choses dans leur contexte et abordons le sujet.
Carl est flic. Il boit trop et touche le fond. Il est pourtant touché par Jésus. Il est sauvé. Marié et repentant, notre pêcheur vit dans la foi. Il est désormais privé et bosse à l'occasion pour une boîte de juristes. Lorsque Manny, son ami avocat, lui demande une faveur, il sent l'entourloupe mais croit suffisamment fort en l'amitié pour passer outre. Nazami, un étudiant musulman aurait assassiné son professeur de philosophie. Bienvenue dans le monde du Patriot Act et de l'incarcération sauvage. Pro Bono, l'avocat, s'accroche à la défense de son client. Lorsque Manny meurt dans ses bras, c'est pour lui faire jurer de faire justice. Malgré tout. Envers et contre tout. Et Carl accepte. Le prix à payer sera le prix fort. Carl devra faire feu de tout bois, voir le monde par un bout de lorgnette qui ne lui plaît guère et aller à l'encontre de tout ce qui donne une cohésion à son univers. Il devra bien sûr mettre en balance la justice et le confort que l'illusion chrétienne donne à sa vie...
J'aimerais dire que j'ai aimé ce roman car son propos est intelligent et sa démonstration louable mais je chronique des livres car j'aime les histoires, pas parce que j'aime les théories. A ce propos, j'ai un ami pentecôtiste, et sa fréquentation, bien que pénible sur certains plans, dont celui de la lucidité, me donne à réfléchir.
Je connais au moins une personne de celles que ce roman épingle. Ces illuminés qui touchent l'écran en extase devant le prêche d'un quelconque évangéliste américain. Le gars qui croit sincèrement à la sorcellerie, à la possession, qui ne comprendra jamais le divorce ou l'avortement. C'est par ailleurs un gars honnête et doux qui ne ferait pas de mal à une mouche. Il est généreux et serviable, il a fait sien le principe de charité. Ce qui bien entendu est un problème. Comment reprocher à quiconque d'aider son prochain ou de partager son temps entre différentes associations caritatives? On ne peut pas. Surtout par les temps qui courent. Ce qui coince cependant, c'est qu'au nom de cette illusion sympathique, on s'égorge, on se fait sauter le caisson, on se fait la guerre et ce, depuis l'aube de l'humanité. Ce qui coince, c'est que le fanatisme est à la religion ce que le crack est au junkie. Lorsque le cheval porte des oeillères, le jockey peut bien le piquer aux stéroïdes... La religion voile le regard. Elle donne toute latitude aux illuminés, aux marchands, aux escrocs. Le pékin suit, les masses s'affrontent; au nom d'un dieu, d'un prophète, d'une politique, ou pour savoir qui pisse le plus loin. Cela n'a rien d'un débat philosophique, c'est un constat.
Ce qui coince dans le roman, c'est que le Deus ex Machina est trop gros. Il reprend à son compte ce que l'on reproche aux prosélytes. La démonstration, bien qu'appuyée, ne donne pas un roman haletant malgré toute la bonne volonté du monde. Carl marchera dans le désert, son pasteur n'est pas un ange et la vie n'est pas rose... J'ai songé que la morale était évidente malgré la controverse, car les ficelles étaient grosses. Carl succombe au doute trop rapidement, son monde s'écroule trop facilement. Le final, qui devrait laisser songeur, laisse un arrière-goût de convenu. J'avais espéré quelque chose de plus corrosif ou de moins politiquement correct...
Je le regrette. Non pas car le propos manquait d'intérêt, ou parce que l'écriture était désagréable. Simplement parce qu'il ne suffit pas d'avoir de bonnes intentions pour faire un bon bouquin. J'aime l'idée de ce bouquin, pas ce que j'en ai lu. J'ai peut-être tort, mais je préfère m'agiter dans le doute que me reposer sur des certitudes, ce qui finalement me fait un point commun avec Beinhart.